Presse: Le Chefresne, une commune sous très haute tension

L’ancien château d’eau du Chefresne, dans la Manche, servait jusqu’à mercredi de base aux opposants à la ligne à très haute tension (THT) Photo : DR

Un rassemblement a lieu ce week-end dans le village normand alors que la contestation enfle contre la future ligne à 400 000 volts

« C’est le pot de terre contre le pot de fer. » Jean-Claude Bossard ne se fait guère d’illusion sur l’issue du bras-de-fer entamé depuis sept ans avec le Réseau de transport d’électricité (RTE) contre la construction d’une ligne à très haute tension (THT) qui passera dans la petite commune du Chefresne (Manche) dont il est le maire. Arrêté le 6 juin dernier parce qu’il défendait un arrêté municipal interdisant la construction d’un pylône, il dénonce les « méthodes d’intimidation » des autorités.

Sa révolte, qui l’a poussé à démissionner du conseil municipal, est relayé par des centaines de militants anti-THT attendus dimanche pour une journée d’action dans la région. Mercredi, un château d’eau désaffecté, qui servait de local à l’association d’opposants à la THT a été évacué « à coup de bélier » par la gendarmerie. « Il convient d’interdire l’accès de ce site de manière urgente, un appel à un week-end de résistance à la ligne THT ayant été lancé par le réseau Sortir du nucléaire pour la période du 22 au 24 juin », indique un arrêté préfectoral. Depuis trois mois, des opposants campent dans un bois pour protester contre la ligne. Lundi dernier, un membre de la Confédération paysanne comparaissait devant le tribunal correctionnel de Coutances pour avoir déboulonné un pylône de la future ligne THT.

« Corruption » ou « concertation »?
Depuis que le projet Cotentin-Maine est connu – une ligne à 400 000 volts de 160 kilomètres de long, entre Normandie et Pays de Loire – les localités traversées s’inquiètent des risques pour la santé des riverains et pour les élevages installés à proximité. Mais les études épidémiologiques réclamées n’ont pas été réalisées. Et le collectif de 45 communes opposées au projet s’est délité à mesure que RTE proposait des compensations financières. « Pour un projet de 200 millions d’euros, on verse 100 millions aux communes et aux agriculteurs pour des mesures d’accompagnement. C’est de la corruption ! » dénonce le maire du Chefresne.

Jean-Michel Ehlinger, directeur de l’aménagement du projet Cotentin-Maine à RTE, réfute ces chiffres et préfère souligner « l’esprit de concertation » qui a permis de signer « 93% d’accords » avec les propriétaires et exploitants concernés par le tracé. Ce responsable affirme qu’un tiers des pylônes ont déjà été posés et que le chantier sera terminé à la fin de l’année 2012. Il s’inquiète des « actes de dégradation et déboulonnages de pylônes qui mettent en péril la sécurité des personnes ».

En marge de la construction de cette ligne, plusieurs procès ont déjà été intentés contre RTE par des éleveurs situés près de réseaux à haute tension, qui constatent une surmortalité de leurs vaches. Un juge de Caen a demandé une expertise électrique et sanitaire chez un éleveur de Planquery (Calvados). En revanche, la plainte d’un agriculteur de Montgothier (Manche) a été rejetée jeudi. « Depuis 2009, je me bats contre RTE pour des maires, des exploitants, des particuliers qui n’arrivent pas à vendre leurs maisons, explique l’avocat Maître Gervais-Marie Doutressoule. Nous finirons bien par faire reconnaître la réalité. »

Pour en savoir plus : 
– Le site de RTE présentant la ligne Cotentin-Main
– Plusieurs sites d’opposants au projet : Stop-THT,Valognes Stop CastorPercy sous tension

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