Le 8 mai 2012

Lettre ouverte à M. Jean-Paul Naud, maire de Notre-Dame-des-landes  et à ses conseillers Y. Boisseau, J.N. Bouin, J.L. Charbonnier, M. Cherrier, C. Civel, C. Gauduchon, D. Guilloteau, R. Le Layec, F. Loudéac Seroux, P. Maillard,  F. Paul   C. Rialland, P. Valéro.

Votre lettre du 21mars 2012, par laquelle vous vous associez à M. Grosvalet pour dénoncer le « vandalisme » de ceux qui se sont opposés à la fermeture d’une maison du conseil général
les 5 et 6 mars 2012, éclaire d’un jour nouveau le vandalisme de la maison du Tertre à Notre-Dame-des-landes, le 29 mars 2010.
Ce jour-là, deux hommes, en camionnette blanche barrée du sigle DAC, ont saccagé consciencieusement cette maison. Toit méticuleusement troué, lavabos et éviers fracassés, pompe de service d’eau, portes et fenêtres démontées et emportées.
Celle-ci avait été achetée 100 000€ par l’État. Un tel saccage « mépris[ait] à travers la propriété publique, le patrimoine de tous les habitants de Loire-Atlantique et l’argent de ses contribuables » dirait M. Grosvalet. La gendarmerie pourtant si présente sur la ZAD ne vit rien. Le propriétaire, l’État ne déposa même pas plainte. Belle insouciance! Vous qui portez si haut la défense du bien public sur votre commune, vous preniez le profil de la carpe. Pas un mot, pas même le moindre étonnement qu’une maison de votre commune passe ainsi en un jour d’habitable à ruine.
Avec des habitants des alentours, nous avons discrètement rénové cette maison et trouvé des personnes sans toit à installer dans cette charmante propriété. Vous aviez là prétexte à féliciter ces habitants qui s’ acharnaient à préserver le patrimoine de votre commune. Silence encore, mais cette fois gêné et piteux.
Ce silence, pour une fois, était votre meilleure éloquence; ces « Vandales », d’un type particulier, ne vous étaient pas complètement inconnus et trouvaient toute votre compréhension. Ils allaient, comme on dit, dans le sens de l’Histoire.

M. Grosvalet s’essaye à se faire passer pour le champion du relogement des familles dans les maisons appartenant au conseil général. Il oublie de préciser que ces maisons sont aujourd’hui louées grâce à la pression des associations opposées à l’aéroport. En deux mots, qu’il a fallu sérieusement tirer les oreilles des autorités du Département avant qu’elles ne daignent accepter de les louer à un prix décent. Cette maison des Ardillères est ainsi restée un an et demi inoccupée.

Que s’est-il passé les 5 et 6 mars?
Selon M. Grosvalet  « Alors que les derniers locataires procédaient à leur état des lieux de sortie, cette maison a été envahie par des personnes se réclamant de la lutte contre l’aéroport ».
M. Grosvalet pêche par omission. Ouvrons le Ouest-France du 6 mars: « Vers14 H00 raconte un manifestant les locataires ont quitté la maison comme prévu. Aussitôt, sur ordre du conseil général, une société est venue poser des grilles anti-effraction. ». La version de Presse-Océan est plus édulcorée: « calfeutrer la maison »; celle du conseil général vire au comique: « ce que les gens ont pris pour un murage était en fait une pose d’alarme. » Les nombreux témoins présents ce jour là ont donc eu la berlue en voyant des ouvriers s’affairer avec des plaques anti-effraction. Un représentant de l’ACIPA et de la Coordination des opposants résume bien la situation (OF 6 mars 2012) «La tentative du conseil général de faire murer la maison est inadmissible alors qu’il y a tant de demandes de location. Notre volonté, c’est de défendre toutes ces habitations qu’on veut fermer au lieu de les louer.».
La prétention du rassemblement était bien de protester contre le murage mal déguisé du conseil général, et non de vandaliser cette maison comme le prétend M. Grosvalet.

Passons aux dégradations.
Ouest-France du 6 mars: « Les gendarmes pénètrent à leur tour dans la maison, cassant des vitres au passage et en expuls[ent] les occupants. ». D’après M. Grosvalet :  « Elles [les personnes] ont tout de suite commencé une occupation illégale et se sont livrées à des dégradations sur les murs, les sols, les ouvertures de cette habitation. ». M. Grosvalet oublie les câbles des radiateurs électriques sectionnés, les tuyaux de douches coupés, les évacuations des lavabos de la salle de bain cassées, l’escalier arraché avec un treuil et la clôture mitoyenne du voisin abattu. Il faut ajouter le défonçage des doubles cloisons pour poser les tôles anti-effraction et un fort parfum de lacrymogène dont l’intérieur de la maison a été copieusement arrosé.
C’est sans doute ce que l’on nomme les «dommages collatéraux » des opérations de maintien de l’ordre.
Les moyens étaient à la hauteur du conflit: 14 cars de gardes-mobiles, un hélicoptère et jusqu’à la DCRI. Heureusement le ridicule ne tue pas. On peut se demander cependant s’il n’y a pas de solution plus simple pour relouer une maison. A moins que ce ne soit l’application de l’idéal que M. Grosvalet et ses confrères nous expliquent dans leur dernière tribune du conseil général: « La liberté c’est bien ce droit que nous avons de protester, de nous rassembler, de nous exprimer et de voter. » La « république pacifiée » …façon Poutine.
Passez devant cette maison aujourd’hui et vous constaterez que le séjour sur le toit de nombreuses heures de 6 des protestataires n’a pas dérangé une seule ardoise. Mais là, pas plus que pour la maison du Tertre, les faits ne vous intéressent .

« L’avancement du projet d’aéroport entraîne une opposition radicale déclenchée par la présence sur notre territoire de ces personnes étrangères à notre commune …» dites-vous.
Vous, les champions de l’État de droit républicain, à « l’opposition si ferme », vous oubliez quelques principes de base:
1    – que l’on puisse s’opposer à l’aéroport même si on est « étranger » à cette commune.
2    – que l’on fait parti d’une commune à partir du moment où on l’habite et ce, même si l’on occupe une habitation « sans droit ni titre ». Cette notion est d’ailleurs devenue si fragile que vous n’allez pas manquer de vous retrouver avec beaucoup de familles supplémentaires dans ce cas là dès le 2 juillet.
En effet, tous les locataires de la ZAD ont reçu de Vinci leur congé à partir de ce jour. Là, votre indignation est muette devant les prétentions de cette société à les chasser. Elle ne trouve de mots que pour appeler à la curée policière. Au coude à coude avec Vinci. Il est vrai que cette société est désormais chez elle dans votre mairie, jusque dans la chaufferie.
Cette propension à trier les opposants en bons et méchants, à désigner des « boucs émissaires » est parfaitement le contraire de ce que recherche l’opposition à l’aéroport: l’unité. Pas une unité incantatoire et factice mais une unité construite petit à petit dans l’adversité contre l’absurdité de ce projet.
Des élus d’Héric et de Bouvron ont répondu à M. Grosvalet avec une intelligence et un courage qui les honorent. La grandeur d’âme et de pensée est chose qui ne s’apprend pas. Malheureusement.

J’entends, venant de la chambre des enfants, à travers la cloison – pas encore démolie – la voix chaude de Brassens: « Le surnom d’infâme leur va comme un gant …»

Recevez, Messieurs, Mesdames, l’expression de mon plus profond mépris.

Paul Seiller
Les Fosses Noires  Notre-Dame-des -landes  44130

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