Fait à Notre-Dame-des-Landes, le lundi 7 mai 2012.

Monsieur le Maire,

J’ai lu dans la gazette municipale d’avril 2012 votre réponse à la lettre de Monsieur Grosvalet, président du conseil général, concernant la lutte des opposants à l’aéroport au lieu-dit « Les Ardillières » entre le 6 et 8 mars dernier.

Je tiens à vous exprimer mon désaccord pour plusieurs raisons et rétablir quelques vérités. Je m’adresse également aux membres du conseil municipal co-signataires de votre courrier afin qu’ils sachent qu’une mauvaise information peut conduire à de mauvais choix.

Beaucoup déplorent les événements qui se sont déroulés aux Ardillières le 6 et 8 mars 2012. En effet, à peine les derniers locataires partis une entreprise privée agissant au nom du conseil général est venue poser un dispositif anti-squat. Jamais un bailleur qui voudrait relouer son bien au plus vite n’oserait condamner les ouvertures de sa maison.

Des résistants au projet d’aéroport ont demandé aux ouvriers présents sur les lieux de ne pas poser les barrières anti-squat et de faire jouer leur droit de retrait. Mais pour avoir tenté de dialoguer sans violence avec les deux ouvriers de l’entreprise la seule réponse aura été l’arrivée de la gendarmerie. Il était nécessaire de réagir vite pour préserver cette maison. Car quel est le vrai projet du conseil général ? L’offrir comme refuge à un employé du futur aéroport ? Faire du profit sur le dos des futurs nouveaux locataires à peine expulsés de leur maison sur la ZAD ?  A moins que ce soit l’implantation d’un motel bas de gamme quand les voies communales seront bien élargies.

L’arrivée massive des forces de l’ordre a prouvé une fois de plus combien ce projet d’aéroport est porté par la violence de ceux qui le soutiennent. Les gendarmes, après avoir tabassé les opposants,  ont détruit le système électrique ainsi que l’arrivée d’eau, brisé des vitres, ils ont également démoli la palissade du voisin, et gazé les matelas après avoir pissé dessus. Tout cela dans le « respect de nos règles républicaines ».

Ceux qui commettent des actes de vandalisme à répétition, des actes délictuels à longueur d’années ne sont-ils pas ceux qui veulent mettre un bel aéroport dans votre jardin. Vous invoquez l’état de droit qui n’est que le droit de cogner plus fort ceux qui résistent. A vouloir une commune lisse on finit par rencontrer la police pour que nous restions silencieux.

Je suis un opposant à l’aéroport et j’agis chaque jour pour que ce projet ne voit pas le jour. Je vis sur Notre-Dame-Des-Landes, j’y ai des relations, des amitiés, j’y travaille, j’y vis des solidarités quotidiennes et j’y squatte. Comme des centaines de personnes, j’y suis, j’y vis, j’y reste pour résister. Rendre les squatteurs responsables de tous les maux de la commune, c’est nourrir la peur de l’autre, c’est engendrer la haine de l’autre, c’est monter les gens les uns contre les autres. C’est donner du grain à moudre à tous ceux qui ont baigné dans la Marinade au premier tour des élections présidentielles.

On ne peut pas condamner sans connaître au risque de faire un mauvais jugement. Et pourtant c’est ce que vous faites en qualifiant des gens « d’activistes violents ». C’est une injure qui ne vous fait pas honneur.

Quand on est opposant à l’aéroport, on ne ferme pas les salles municipales à ceux qui préparent la manif du 24 mars.
Quand on est opposant à l’aéroport, on se réjouit des actions des autres sans les condamner dans les journaux si elles déplaisent.

Quand on est opposant à l’aéroport, on est solidaire de toutes les formes d’occupation qui existent sur la ZAD, hormis l’occupation policière.

Mais il y a trop de squatteurs là dedans, trop d’étrangers qui aiment ce petit bout de terre de Notre-Dame-des-Landes, qu’on appelle la Zone A Défendre.

Ici ça créé, ça s’organise, ça échange, ça bidouille, ça rêve, ça vit, ça s’active, ça construit, ça jardine, ça réfléchit, ça résiste pour que le projet d’aéroport aille droit dans le mur.

Les grévistes de la faim, soutenus par les squatteurs, nous ont fait comprendre une chose : que la violence aujourd’hui frappe ceux qui ne la souhaitent pas, et qu’une matraque qu’elle soit verbale, idéologique ou en caoutchouc et bien ça fait mal ! J’espère que le préfet satisfera votre requête pour que ça cogne avec les matraques les plus dures.

Etre maire est un art bien difficile dans notre belle démocratie. Tenir des propos infondés et vouloir sévir par la force au nom de « tous les habitants », cela s’appelle une prise d’otage. En attendant, avec votre complicité, que les forces de l’ordre viennent déloger tout le monde : squatteurs, locataires, propriétaires, paysans (ceux qui résistent), je vous invite ainsi que les membres du conseil municipal à venir le 12 et 13 mai 2012 à l’anniversaire de la ferme maraichère du Sabot et de la Chèvrerie du Petit bois. Un an déjà que ces squatteurs-paysans occupent les terres d’AGO pour que vive le bocage sans le béton. Un an de résistance active sans violence pour nourrir la lutte.

Tous les habitants ne seront pas là mais certains seraient heureux de vous y voir.

Réfléchissez, bien au chaud dans votre mairie. Vinci facilities s’occupe de vous 24h/24h, 365 jours par an…

Et nous on s’occupe de Vinci !

Rodolph Balèj, Squatteur-paysan, opposant à l’aéroport

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