David Assouline est amusant (à propos de Notre-Dame-des-Landes) Fabrice Nicolino

Publié le 10 novembre 2012

Vous ne connaissez pas David Assouline, et sauf grave erreur de ma part, vous ne perdez guère. Moi non plus, je ne le connais pas. Mais je dois avouer que le repas d’anniversaire d’un copain, il y a une dizaine d’années, m’a conduit à dîner non loin de lui. Et c’est tout. Qui est-il ? Un sénateur. Non, on ne rit pas. Pas encore. Âgé de 53 ans, Assouline a été de nombreuses aventures de l’extrême-gauche française. Il a été membre, entre autres, de la défunte LCR, plus tard que des Julien Dray et consorts. Disons jusqu’au début des années 90. Et puis, en 1995, changement de programme : le bolchevique, fier militant de fer, rejoint le parti socialiste, après tant d’autres.

Y aura-t-il de la place pour lui ? Eh bien oui, un strapontin, de sénateur comme je l’ai écrit plus haut. Mais il est aussi – mazette – porte-parole de ce parti socialiste qui l’a propulsé en haut de l’affiche. Oh quel destin ! Voilà que j’apprends par Le Figaro (ici) qu’une « vague de vandalisme anti-PS »déferle sur notre vieux pays. Depuis la mi-octobre, une quinzaine de permanences socialos ont été taguées, insistant à chaque fois sur la responsabilité écrasante du PS dans le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Notez qu’il ne s’agit que d’inscriptions à la peinture. Aucun chef socialiste n’a été pendu. Aucune bombe n’a déchiqueté une réunion de section. De la peinture.

C’est alors que surgit des décombres David Assouline. Un type qui aura passé l’essentiel de sa jeunesse dans des organisations gauchistes. Je précise pour ceux qui ne le sauraient que la LCR, pour ne prendre qu’elle, a assumé, au long de son histoire, de très nombreux heurts physiques avec ses adversaires. Et par exemple avec des policiers – largement aussi « républicains » que ceux qui dévastent Notre-Dame-des-Landes en ce moment -, envoyés par dizaines à l’hôpital après une rencontre avec le service d’ordre de ce qu’on appelait jadis La Ligue. Autrement dit, Assouline est l’héritier en ligne directe d’un courant qui a pratiqué et défendu la violence partout dans le monde. Et qui considérait la social-démocratie qu’adore aujourd’hui Assouline comme un ennemi de la révolution. Je ne juge rien, je rappelle.

Donc, Assouline surgit et déclare, apparemment sans rigoler de lui-même : « Aucune pseudo-cause ne peut justifier de tels actes de vandalisme politique. Il doit y avoir maintenant une réaction énergique pour arrêter là cette dérive qui constitue une atteinte insupportable à la démocratie ». J’aime beaucoup cette « pseudo-cause », car elle signifie au passage, selon moi, que monsieur le sénateur Assouline ne sait plus, s’il l’a su un jour, ce qu’est une cause à défendre. Pour le reste, tout y est : Assouline est sur la voie de Jules Moch, ministre socialiste des flics sous la Quatrième République, pour laquelle il n’existait d’autre cause que le maintien au pouvoir de ses ministres.Réaction énergique, dérive, atteinte insupportable à la démocratie. On croirait un gag. C’est sérieux. La vieillesse est un naufrage.

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