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Le quotidien bousculé dans la ZAD de Notre Dame des Landes

Dimanche 4 novembre 2012, une accalmie dans la tempête pour les Zadistes, ces opposants au projet très contesté d’un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes.

Je n’écrirai pas ici un éième article sur le non-sens abberrant de ce projet pharaonique, d’autres l’ont très bien fait, je vous invite à les lire sur  les quelques liens ci-dessous.

Je vous livre ici mon regard de femme, de mère, de citoyenne avec ma sensibilité pour l’environnement.

 

Sortant de la 4 voies par le Temple de Bretagne, j’emprunte une petite route bordée par le bocage, des champs et des arbres en livrée automnale.

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J’avais décidé de rejoindre le lieu de rencontre et de solidarité de la Vache Rit pour y apporter quelques couvertures et échanger avec les opposants.

« Le propriétaire des lieux, l’un des agriculteurs opposé au projet, nous prête le bâtiment, un grand hangar, une cour. Heureusement qu’on a ça ! » me confie Guillaume.

Toute une intendance solidaire est mise en place :

– stock de vêtements « free-fringues » où chacun prend ce qui lui convient, la lessive étant faite régulièrement par des habitants bénévoles de Notre Dame des Landes :

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– cuisine collective, là aussi des sympathisans participent ponctuellement, soit en apportant des légumes et autre nourriture, soit en cuisinant. Ce dimanche des gens de Redon, venant régulièrement, préparaient des plats-maisons aux effluves alléchantes :

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– pharmacie et hygiène pour les petits et gros bobos occasionnés par cette lutte inégale contre des forces de l’ordre sur-équipées et usant de méthodes violentes :

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– réserve de matériel, pour la vie quotienne dans la Zad et pour… la reconstruction, les opposants étant déterminés à rester pour défendre cette zone en danger.

– bibliobus, lecture, détente, repos :

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Ambiance calme et chaleureuse à la fois, ce dimanche après-midi à la Vache Rit, discussions, musique, repas partagé entre occupants du lieu et personnes de passage venues les soutenir (Loire-Atlantique et au-delà : St Brieuc, de Guingamp, de Redon etc..)

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Krita le nomade nous chante ce qu’il vit sur des airs de reggae


 » Le mouvement était segmenté au départ, commente Philippe, maintenant il est fort et il faut qu’il s’installe dans la durée. Personne a une idée juste, chacun ramène son idée dans son chemin de croyance pour créer des actions qui convergent vers un même but. Ici les gens vont venir chercher l’espoir qui avait disparu ces dernières années. »


Voilà ce que j’ai ressenti ce dimanche-là, au détour de brides de conversation, chacun avec ses différences, notamment inter-générationnelles, apporte sa contribution, sa petite pierre à l’édifice de la cause défendue : environnementale et humaine.

Le reste de l’après-midi, guidée par Julien, « un habitant du coin concerné en tant que citoyen » comme il se décrit, j’ai pu mesurer, à travers ce beau paysage de bocage,… le spectacle de la désolation des maisons rasées par la force destructrice de ces derniers jours.

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Dès que l’expulsion est terminée, les engins cassent et emportent tout aussitôt : pas de traces, comme si rien n’existait là juste avant !

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la Sècherie, la moitié de la maison est encore debout mais dans quelles conditions !, un recours ayant permis de reculer l’échéance pour la destruction de la deuxième partie de la maison. Afin de rendre la vie très difficile aux habitants, les engins ne se sont pas « contentés » de raser la moitié de la maison, ils ont saboté le drainage et bouché la buse pour empêcher l’évacuation des eaux usées !

Lorsque nous sommes passés, les habitants, la pelle à la main, creusaient un fossé derrière la maison afin d’évacuer les écoulements :

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La Sècherie

Tout est fait pour harceler les gens qui veulent rester :

« Beaucoup d’habitants ont reçu de nombreux coups de téléphone de la part des autorités pour les inciter à partir, cela ne paraît nulle part, il faut vivre ici pour voir comment cela se passe vraiment. » ajoute Julien.

Il faut en effet avoir le moral solide pour rester vivre dans ces conditions, les expulsions-destructions commencées dans la violence le 16 octobre continuent de plus belle malgré la résistance déterminée.

Nous reprenons la petite route pour arriver sur le lieu d’un véritable séisme : la dernière maison à avoir subi les assauts des engins de destruction, Lieu-dit Le Tertre, après une expulsion « musclée » selon le terme consacré…les images parlent d’elles-mêmes car là, « ils » n’ont pas eu le temps encore de tout déblayer comme ailleurs. On y voit notamment la présence de tôles amiantées à même les gravats, sans aucune des précautions d’usage demandées par la loi qui n’est pas la même pour tout le monde !

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Sur ce lieu où l’on sent encore les palpitations de la vie qui l’habitait ces derniers jours (objets du quotidien mêlés aux décombres…) les larmes ne sont pas loin tant l’émotion est forte devant ce saccage ! Pour rappel : les travaux de construction de l’aéroport ne sont pas prévus avant 2014… s’ils se font…

Nous avons terminé cette exploration des lieux saccagés par le lieu-dit Liminbout, l’une des maisons a été rasée, les autres sont en sursis, y compris les bâtiments agricoles et les animaux qui paissent encore tranquillement dans les prés alentours.

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« Parmi les nombreuses qualités environnementales et humaines de cette zone, il faut souligner le silence, alors qu’on entend la clameur industrielle un peu partout ailleurs, la forêt de Rohanne et les bocages environnants nous offrent cela avec en prime un ciel pur, un ciel étoilé de bonne qualité, tout cela serait détruit au nom de quoi ?. C’est aussi le dernier bocage non remembré de France, on s’approprie le bien commun au nom de l’argent, c’est révoltant ! » témoigne Julien.

Lorsque j’ai repris la route vers Guérande la nuit était tombée, il pleuvait, il faisait froid et malgré cela de jeunes opposants étaient sur le qui-vive et gardaient les barricades dressées pour ralentir les gardes mobiles dépêchés en nombre par les pouvoirs publics afin de continuer à expulser et détruire la vie sur la ZAD de Notre Dame des Landes. La 4ème vague est prévue cette semaine.

Note : volontairement je n’ai pas pris de photos montrant les personnes présentes ce dimanche-là dans la ZAD, pour garder leur anonymat, par sécurité.

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Pour en savoir plus :

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