Conférence environnementale : ce que vous n’avez pas vu à la télé

 sur Rue89

Une journée entière dans les couloirs d’une conférence environnementale aux apparence Bisounours.

9 heures. Aux passants agacés par le filtrage, un policier lance : « C’est pour l’OCDE. » Son collègue rectifie : « Mais non, c’est pour le Cese » (le Conseil économique, social et environnemental, où se déroule la conférence). Le premier, l’air médusé, demande ce que c’est que ce truc, puis lance : « Bon, bref, c’est pour le Président. »


Un SDF (Sophie Caillat/Rue89)

9h30. Les RG sont sur les dents. Les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes sont venus en force (un car entier d’activistes, en plus des moutons et tracteurs postés sous la tour Eiffel), les militants anti-gaz de schiste sont montés d’Ardèche, Greenpeace a sorti ses banderoles.

Quelques anarchistes isolés croisent le chemin de la ministre du Logement et de l’Egalité des territoires, Cécile Duflot. « Foutez le camp de ce gouvernement », lui lance un botaniste à la retraite, devant notre petite caméra.

Cécile Duflot et Pascal Canfin tombent sur un os
Un groupe de SDF est blotti sur une bouche d’aération. Eux n’ont pas été déplacés par les RG. « Ceux-là, on les connaît bien », glisse un policier.

Les activistes bretons, moins. Il y a pourtant Dominique Loquais, l’auteur d’une chanson sur Notre-Dame-des-Landes, qui reprend du service trente ans après la victoire sur le plateau du le Larzac (il avait composé à l’époque « Notre Terre servira à la vie »).

CHANSON CONTRE L’AÉROPORT DE NOTRE-DAME-DES-LANDES

10 heures. Jean-François Julliard, le directeur de Greenpeace, se pose la question : « Est-ce une bonne idée d’y participer ? »

Il est venu avec Yannick Rousselet, figure de l’ONG, qui n’aura pas le droit à la parole mais jouera le rôle de « souffleur ».


Yannick Rousselet et Jean-François Julliard (Sophie Caillat/Rue89)

Julliard fait ses calculs :

« On sera cent personnes. Si on passe sept heures autour de la table, ça fera 7 minutes de temps de parole sur les deux jours pour nous. »

11 heures. Le président de la République entre dans l’hémicycle du Cese, où l’attendent quatorze ministres…et les anciens ministres de l’Environnement. Au deuxième rang, une stature de madone attire notre attention. Figée dans sa veste bleu turquoise, Ségolène Royal, chargée de l’Environnement dans le gouvernement Bérégovoy, a le menton levé et le regard planté très loin.

Quarante-cinq minutes après le discours – que sa ministre Cécile Duflotqualifiera d’« historique » –, le Président s’apprête à repartir par la porte de derrière. Mais après une accolade avec son Premier ministre, il décide finalement d’aller serrer les mains des anciens ministres. Il évitera la bise à Ségolène Royal et le risque de tweets vengeurs de Valérie Trierweiler.

12 heures. Durant l’heure de pause prévue avant le début des tables rondes, les journalistes sont priés de rester derrière un cordon de sécurité. Plusieurs grappes de caméras et micros se forment, et les personnalités défilent en rang d’oignons. Ségolène Royal est contente de donner son avis.


Ségolène Royal pendant la pause (Sophie Caillat/Rue89)

C’est seulement en allant aux toilettes (ou fumer dehors) qu’on a la chance de rencontrer des participants à la conférence. J’y croise Karine Gavand, de Greenpeace, qui a trouvé le discours de François Hollande « ambigu et subtil » :

« Comment interpréter les phrases sur les gaz de schiste ? Dire que l’exploration est bloquée, c’est une question d’interprétation. Si Total a le droit d’explorer et qu’à la fin du quinquennat, il pourra éventuellement exploiter la ressource parce que la loi change, ce n’est pas un bon bilan. »

Son collègue François Chartier, spécialiste des océans à l’ONG, trouve « problématique d’avoir parlé biodiversité marine sans dire un mot sur les activités qui menacent la biodiversité, comme les forages offshore ».

12h30. Les « ONG du off », celles qui ne participent pas à la conférence environnementale, comme Sortir du nucléaire, m’invitent par SMS à un point presse devant le palais d’Iéna, où elles sont bloquées par la police depuis le matin. Une militante m’appelle au secours : « On ne peut même pas partir faire pipi. »

Dans la salle de presse du Cese, les journalistes sont entassés, dans un courant d’air et sans rien à manger. Les dépêches d’agence sont attendues sur les fils au plus vite, et je plains mes collègues qui s’arrachent les cheveux pour hiérarchiser les annonces du Président : « C’est un peu le retour de la taxe carbone en gros ? » (non), « La rénovation thermique, c’est pour les logements ? » (oui).

12h45. Je colle aux chaussures de Jean-François Julliard de Greenpeace, car je sais qu’il porte le badge vert permettant l’accès au grand buffet (pas moi). J’arrive à passer les barrages d’hôtesses au foulard vert vif.

Devant les crudités, je tombe sur des habitués de la maison. Les boissons ne sont pas à leur goût :

« Il n’y a pas de pinard, on ne pourra pas dire que la conférence environnementale est au même niveau que la conférence sociale. »

L’écologie serait-elle synonyme de sobriété forcée ?


Le buffet (Sophie Caillat/Rue89)

A la table des machines à café, c’est pire : les machines sont en self-service. Heureusement, les dosettes ne sont pas des Nespresso, et le café est étiqueté équitable.

13 heures. Stéphane Sitbon, qui fut « la maman d’Eva Joly » pendant la campagne, et conseille désormais Cécile Duflot, m’invite à comparer le discours du matin avec ceux de Chirac et de Sarkozy sur l’environnement, et me jure que « c’est celui où il y a le plus d’annonces ».

Le conseiller presse de Delphine Batho me fait un résumé tout aussi idéal :

« Ça se passe hyper bien, tout le monde est content. Dans le discours du “PR” [acronyme de président de la République pour les gens du milieu, comme le racontait très bien “L’Exercice de l’Etat”, ndlr], il y avait des annonces, de la vision, un cadre. »

Puis je le titille pour savoir si sa patronne arrive parfois à se mettre d’accord avec Arnaud Montebourg, son collègue du redressement productif :

« Je sais que les journalistes adoreraient faire leurs gros titres sur un clash au gouvernement, mais ce n’est pas possible, ils sont exactement sur la même ligne. »

13h15. Arrive Arnaud Montebourg, en retard pour s’asseoir à la table ronde « énergie ». Une élégante dame venue de Transylvanie l’interpelle et parvient à arrêter son pas pressé et à obtenir sa carte de visite.

Je me présente avant de lui poser une question, et il commence par un : « Aaaah ! C’est vous… Je vous ai repérée ! »

Je lui demande à quel propos, il m’explique que c’est sa boutade habituelle… Aux autres journalistes présentes, il lance des « Quel plaisir ! » ou « Ça fait au moins dix ans ». Puis on le questionne sur sa collègue Batho et le voilà qui clame :

« J’aime beaucoup Delphine, j’ai beaucoup d’admiration pour elle. Elle a tout mon soutien ! »

Puis sur les gaz de schiste :

« Le débat n’est pas interdit, mais il y a ce qui s’appelle des décisions politiques. »

16 heures. Des participants s’éclipsent des tables rondes pour faire des points presse improvisés. Benoît Hartmann, de France nature environnement, nous fait le bon décryptage des propos flous du ministre :

« Les gaz de schiste seront abordés dans le débat sur la transition énergétique. »

Voilà ce que Delphine Batho mettait dans l’expression « pas de tabou ». Le débat devrait durer tout l’automne.

19 heures. Les tables-rondes terminées, les journalistes ont le droit de se mettre autour de la table avec Delphine Batho, mais sans caméra ni photo ni micro (la ministre est trop fatiguée pour être enregistrée). Les journalistes s’ennuient devant tant de langue de bois.

20 heures. Je retrouve des membres des ONG à l’haleine avinée au sortir du cocktail. Nous convenons ensemble que cette conférence était très « Bisounours ». L’un d’eux me propose un décryptage :

« On pensait que ce serait pire. La veille de la conférence, on faisait passer nos demandes à l’Elysée mais personne ne pensait qu’on obtiendrait quelque chose. »

Puis, un résumé un peu moins bisounours :

Un bon discours, c’est un discours qui fâche le Medef et les syndicats ».

La conférence est clôturée samedi par le discours du Premier ministre.

sur arretsurimages.net :

ND DES LANDES : UN LONG SILENCE DE BATHO

Lors de la conférence environnementale, la ministre de l’Ecologie Delphine Batho est embarrassée par une question portant implicitement sur le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, où il suscite une forte opposition signale le site Reporterre. Résultat: douze secondes de silence.

Le gouvernement est-il sans voix face au projet d’aéroport de Notre Dame des landes ? Face aux journalistes, la ministre Delphine Batho semble perdue quand on lui parle de projet d’aéroport à la fin la première journée de la conférence environnementale.

 » – Vous avez dit qu’une idée forte pour commencer le débat national sur l’énergie serait de commencer par poser la question de la consommation et des besoins. Est-ce qu’on pourrait pas aussi envisager de poser la question des besoins sur les projets d’aéroport, par exemple? » demande un journaliste.

Delphine Batho reste silencieuse, puis: « Ouais j’ai déjà répondu ».

Le questionneur:« Non, non, non, pas précisément. Est-ce que il faut pas poser la question du besoin des projets d’aéroport qui ne sont pas finalement, dont les travaux n’ont pas encore commencé? » Batho ajoute « qu’il faut débattre de façon générale, « sans cibler plus une infrastructure qu’une autre »

nouveau media

 

Un élément de plus pour notre dossier Notre-Dame-des-Landes, derrière l’image

sur http://gauche.blog.lemonde.fr :

Conférence environnementale : les exigences – mesurées – des écolos

Pascal Durand (au premier plan) lors d’une manifestation le 7 septembre contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Photo Frank Perry/AFP

A la veille de la conférence environnementale, qui se tient vendredi et samedi à Paris, les écologistes ont exposé leurs demandes. « Il y a une attente assez forte », juge ainsi François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, qui estime que les récentes déclarations ministérielles sur le nucléaire, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou les gaz de schiste ont fait « monter la pression ».

« Nous ne sommes pas dans une logique de listes de courses, poursuit-il. Mais nous attendons la réaffirmation claire des orientations prises avant les élections. » En clair,« des annonces et pas uniquement le lancement de différents chantiers ». Une position officielle partagée par Pascal Durand, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts. « J’attends que le président de la République et le premier ministre fixent une orientation extrêmement forte », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse jeudi. Pour lui, la conférence environnementale « ne doit pas être un simple rendez-vous d’experts » mais « le rendez-vous de la société avec la transition écologique ».

Moratoires sur les forages de gaz de schiste et de pétrole off shore

Les écologistes indiquent qu’ils seront particulièrement attentifs aux questions d’énergie, à la veille d’un grand débat sur le sujet cet automne. « Il faut construire la confiance », a souligné lors de la conférence de presse Elise Lowy, porte-parole d’EELV, qui a appelé à l’instauration de moratoires sur les forages des gaz de schiste, véritable serpent de mer pour le gouvernement, et sur les forages off-shore, dossier sensible qui avait abouti à l’éviction de l’ancienne ministre de l’écologie Nicole Bricq. Sur le nucléaire, les écologistes attendent un calendrier de l’arrêt de la production dans la plus veille centrale de France, à Fessenheim (Alsace) et réaffirment leur opposition au projet de surgénérateur Astrid.

Autre grand sujet évoqué, la fiscalité écologique. M. Durand souhaite en la matière une « réorientation vers un autre modèle de développement » avec « un fléchage des investissements »« Sur les 120 milliards [du pacte de croissance accolé au traité budgétaire européen] que François Hollande a mis en exergue, quelle est la part réservée à la transition écologique ? », a-t-il interrogé, évoquant également « 22 milliards d’euros de niches fiscales qui profitent directement à la pollution ». Les écologistes ne désespèrent pas non plus d’obtenir des avancées sur la question d’une « contribution climat énergie » ou taxe carbone.

Mamère « sans illusions »

« Le rôle des écologistes dans cette majorité n’est pas d’apporter de la surenchère ou de la polémique, c’est de faire bouger les lignes », a assuré M. Durand, qui a rappelé que la ligne jaune à ne pas franchir était dessinée par l’accord signé avec le PS à l’automne 2011 pendant la présidentielle. « Je ne veux pas qu’on apparaisse, comme toujours, au bord de la rupture, a-t-il insisté. Nous ne sommes pas des passagers de seconde classe dans cette majorité. »

Noël Mamère, lui, est « sans illusions » après les récentes déclarations des ministres.« Nos attentes sont immenses mais comme nous sommes réalistes, nous n’attendons pas beaucoup de cette conférence environnementale », indique le député de la Gironde. « Si on est loin du modèle de société que réclament les écologistes au plan français, européen et mondial, alors, il faudra s’interroger », prévient-il.

sur http://www.centpapiers.com :

Les générations futures, grandes oubliées de la démocratie

Focalisées sur le présent, les démocraties contemporaines peinent à prendre en compte les enjeux du long terme. Comment aborder efficacement les grands défis écologiques dans ces conditions ? Peut-on anticiper les menaces qui pèseront sur les générations futures ? Le philosophe Dominique Bourg, vice-président de la Fondation Nicolas Hulot, propose des innovations concrètes pour mettre en place une « démocratie écologique ». Entretien à la veille de la Conférence environnementale.

Photo : © Basta !

Les 14 et 15 septembre prochains, la première Conférence environnementale annuelle portera sur la transition énergétique et la protection de la biodiversité. Lors du quinquennat précédent, la mise en œuvre décevante du Grenelle de l’Environnement a témoigné une nouvelle fois de la difficulté de la démocratie représentative à prendre en compte l’environnement et le long terme. Idem en 2012 ? Le nouveau gouvernement a déjà émis des signaux inquiétants : ambiguïté sur l’exploitation des gaz de schiste, affaire des forages pétroliers au large de la Guyane, remplacement au bout d’un mois de la ministre de l’Écologie Nicole Bricq, promotion du nucléaire, confirmation de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes…

Dominique Bourg, philosophe à l’université de Lausanne et vice-président de la Fondation Nicolas Hulot, participera à la Conférence environnementale pour traiter des questions de gouvernance. Pour lui, nos institutions politiques sont, par nature, inaptes à prendre en compte les enjeux écologiques. Au 18e et 19e siècles, elles ont été conçues par les auteurs « Modernes » (de Locke à Benjamin Constant, John Stuart Mill, Alexis de Tocqueville) pour « assurer la sécurité dans les jouissances privées » (dixit Constant), et plus généralement, pour favoriser le commerce et promouvoir les libertés individuelles.

Les gouvernements représentatifs atteignent avec un relatif succès ces objectifs, mais ils ne prennent pas en compte la finitude de la planète. Dominique Bourg identifie ainsi plusieurs raisons structurelles qui expliqueraient cette cécité, telles que la territorialité (les élus dépendent d’un territoire précis alors que les problèmes écologiques sont transfrontaliers), l’invisibilité (inaccessibilité aux sens des électeurs de nombre de problèmes écologiques), ou encore la temporalité (les élus sont censés servir les intérêts du présent).

Après la démocratie antique, puis la démocratie moderne des sociétés industrielles, Dominique Bourg appelle ainsi un troisième âge institutionnel : la démocratie écologique. En France, cela suppose une Sixième République fondée sur de nouvelles institutions. L’enjeu est important : renforcer la démocratie pour la réconcilier avec les problèmes environnementaux… ou s’exposer en retour à des menaces autoritaires. Comment donner aussi le droit de vote aux générations futures ? Entretien.

Basta ! : Que peut-on attendre de la conférence environnementale ?

Dominique Bourg : Peu de choses. Elle donnera lieu à un énième débat sur l’énergie dont on peut surtout espérer l’application d’un plan important de rénovation thermique des logements. Sur les questions liées à la sauvegarde de la biodiversité, après la création récente de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services éco-systémiques (IPBES) [1] de fortes inquiétudes pèsent sur les experts qui y seront nommés, le champ scientifique étant très éclaté sur ces questions. D’une manière générale, ces conférences nationales annuelles ne portent pas davantage d’espoirs que le Grenelle du précédent quinquennat, et ce pour une raison simple : l’environnement n’est toujours pas une priorité gouvernementale. Les Verts sont cantonnés à un rôle de figuration et leur légitimité est fragilisée par le score présidentiel d’Eva Joly.

Pour mettre en place une démocratie écologique, vous prônez le renforcement des procédures délibératives et participatives. La Conférence environnementale n’est-elle pas un progrès ?

Certes, au niveau formel, une discussion structurée avec la société civile organisée va nécessairement dans le bon sens. Lors du Grenelle de l’environnement, malgré un suivi très décevant faute de volontarisme politique, la constitution des différents collèges avait permis une réelle confrontation des visions du monde de différents acteurs publics. Le débat a cassé des cloisons intellectuelles, ébranlé les habitus de chacun. La démocratie délibérative favorise effectivement l’évolution nécessaire des mentalités. Par ailleurs, la démocratie participative doit aussi être approfondie : c’est notamment un des rares lieux où on parvient à charrier de l’information aux citoyens et à faire preuve de pédagogie. Les conférences de citoyens, par exemple, sont des lieux privilégiés pour forger une conscience publique sur les problèmes environnementaux.

Face à l’irresponsabilité en matière environnementale qui domine, chez une grande partie des acteurs économiques, des responsables politiques, et des citoyens, l’urgence planétaire n’impose-t-elle pas un renforcement de l’autorité politique ?

Certains auteurs, comme Hans Jonas, ont effectivement prôné le retour d’une « tyrannie bienveillante et bien informée », un Conseil des Sages ayant le sort du monde entre ses mains et travaillant hors de toute forme de contrôle. On imagine cependant qu’un tel organe basculerait rapidement dans l’arbitraire et se couperait immédiatement du peuple. Je considère pour ma part que l’environnement ne peut pas servir de prétexte à un renoncement aux valeurs fondamentales de la démocratie. Qu’est-ce qui empêcherait les institutions actuelles de reconnaître des poches d’expérimentation, des « laboratoires » où on expérimenterait des solutions pour le futur, à l’impact écologique drastiquement réduit, et conduites à et par la base (permaculture, monnaies locales…) ?

Parmi vos réformes institutionnelles, vous prônez une troisième chambre parlementaire et un nouveau statut pour le président : quel serait leur rôle ?

En France, le Président de la République est une exception internationale : tout-puissant et affranchi de toute responsabilité politique hors de son élection. Comme nos voisins européens, nous devrions en finir avec cet exécutif bancal et confier la conduite de la politique de la nation au seul Premier Ministre et à son gouvernement. Le Président ne deviendrait pas pour autant une potiche : il assurerait dès lors la responsabilité du long terme. Il serait le garant de l’intérêt des populations futures, profitant d’une vision transversale sur les activités du gouvernement. Parmi ses compétences, il pourrait exercer un droit de veto constructif sur les projets de loi avant leur promulgation et pourrait saisir à sa discrétion les autres pouvoirs.

Par ailleurs, le système législatif bicaméral pourrait s’enrichir d’une troisième chambre : une Assemblée du long terme dédiée aux problèmes environnementaux, composée de personnalités qualifiées et de citoyens tirés au sort. Sa légitimité ne reposerait donc pas sur le principe électif, mais sur sa capacité à se dégager du court terme pour préserver la stabilité du climat ou la biodiversité. Cette Assemblée proposerait des projets de loi, mais elle ne les voterait pas, afin de rester éloignée des jeux de défense d’intérêts catégoriels. Elle conserverait ainsi un caractère universel. Comme le Président, elle bénéficierait en outre d’un droit de veto avant la promulgation des lois.

Pourquoi une troisième chambre : ne serait-ce pas l’occasion de transformer plutôt un Sénat français dont l’utilité est régulièrement contestée ?

De manière pragmatique, il faut reconnaître que les grandes démocraties occidentales fonctionnent désormais avec une chambre des territoires. C’est une expression institutionnelle devenue incontournable et qui est incarnée en France par le Sénat. Ainsi, tout en préservant le Sénat, l’Assemblée du long terme aurait plutôt vocation à succéder au Conseil économique, environnemental et social (CESE), en ayant toutefois un rôle beaucoup plus spécialisé sur l’environnement. Cette mission serait sanctuarisée par deux nouveaux principes constitutionnels : la « prise en compte de la finitude des ressources et de la biosphère » et le respect du « financement public du long terme ».

Face à des questions comme le réchauffement climatique, comment assurer la validité scientifique des propositions de cette Assemblée du long terme ?

La qualité de l’information dans le débat public est un enjeu majeur : on a déjà subi les conséquences dramatiques de prétendus experts qui sortent de leur champ scientifique d’origine pour polluer la discussion sur les questions climatiques. Aux États-Unis, le débat sur le réchauffement est aujourd’hui perçu par une large part du public comme une simple construction sociale : il n’y a pas de vérité absolue sur les menaces, mais plusieurs vérités en concurrence, dont on décide en fonction de son appartenance politique. Impossible d’avancer politiquement dans un tel contexte. Aussi, la Sixième République devrait inclure un Collège du futur, composé de scientifiques provenant des disciplines expérimentales mais aussi des sciences humaines et sociales. Une fois détachés de leurs organismes de recherche respectifs, ces scientifiques auraient un rôle de médiation (et non plus de recherche) : ils fourniraient aux institutions politiques et aux citoyens des données impartiales sur l’état de la biosphère.

Exceptée une nouvelle phase de décentralisation, François Hollande est plutôt timide sur les réformes institutionnelles. Comment lutter contre le fort conservatisme des élus de la Ve République pour réaliser de tels changements ?

C’est très difficile car dans l’histoire, seules de fortes crises ont permis des bouleversements institutionnels. Or aujourd’hui, nous souffrons de crises structurelles dont le volet institutionnel n’est pas perçu. La confrontation concrète au problème de la finitude des ressources va s’affirmer dans la période 2020-2040 dans de nombreux domaines tels que la consommation de minéraux, d’énergies fossiles non conventionnelles ou l’agriculture… Mais d’ici là, il sera difficile de prévenir les problèmes avant qu’ils ne soient franchement perceptibles.

Certains pays ont-ils déjà mis en place une partie des réformes institutionnelles que vous prônez ?

Aucun à ma connaissance. Mais cela n’empêche pas la multiplication d’initiatives encourageantes. Par exemple en 2009, à l’initiative danoise du Danish Board of Technology, une grande consultation mondiale sur le changement climatique a rassemblé 4 000 citoyens issus de 38 pays. Suisses, Egyptiens, ou autres, les participants ont témoigné d’une sensibilité proche et de consensus importants sur la nécessité de réduire, y compris par la contrainte, la production de gaz à effet de serre de toutes les nations. Le 15 septembre 2012, une consultation similaire aura lieu sur les questions de biodiversité avant le sommet des Nations Unies d’octobre en Inde. De telles consultations ont une influence importante auprès des décideurs ; elles témoignent d’un renforcement important à l’échelle internationale de la démocratie participative.

Quelles sont justement les priorités institutionnelles à l’échelle internationale ?

Il faut aujourd’hui souligner le rôle remarquable du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) : c’est mutatis mutandis une sorte de Collège du Futur à l’échelle internationale qui fournit d’excellents travaux. En revanche, le projet majeur visant à créer une organisation mondiale de l’environnement n’a pas avancé d’un pouce à Rio. Pour l’instant, les égoïsmes nationaux des grandes puissances freinent toute avancée dans la gouvernance supranationale.

Propos recueillis par Julien Bonnet

A lire : Dominique Bourg est notamment l’auteur, avec Kerry Whiteside, de Vers une démocratie écologique. Le citoyen, le savant et le politique (Seuil, 2010). Il a dirigé l’ouvrage collectif Pour une 6e République écologique (Odile Jacob, 2011) et s’apprête à publier Sobriété volontaire. En quête de modes de vie (Labor et Fides, septembre 2012) en codirection avec Philippe Roch.

Notes
[1] L’IPBES peut être pensée comme le pendant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur les questions de biodiversité.

plus des Articles:

Article sur Ouest France

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi et vendredi, cinq brebis et un agneau de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, ont goûté le gazon du Champ de Mars à Paris. Les paysans opposés au transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique dans le bocage nantais avaient aussi amené un tracteur à proximité de la tour Eiffel.

 

Soutenus par la Confédération paysanne, les opposants à l’aéroport voulaient attirer l’attention sur leur combat à l’occasion de l’ouverture de la conférence environnementale. « Nous sommes venus à Paris pour dénoncer l’absence du dossier Notre-Dame-des-Landes du programme de la conférence ».

 

Les paysans et leurs animaux ont levé le camp vendredi après-midi, et regagné la région nantaise.

 

Manifestation et pique-nique

 

D’autres opposants sont arrivés de Loire-Atlantique vendredi matin pour l’ouverture de la conférence par François Hollande. Ils ont manifesté avec des opposants au nucléaire et aux gaz de schiste à proximité du palais d’Iéna. Mais les forces de l’ordre les ont empêchés d’approcher du lieu de la conférence.

Une délégation doit rester ce samedi à Paris, et participer à un pique-nique avec d’autres collectifs, alors que Jean-Marc Ayrault, très attaché à ce nouvel aéroport, conclura la conférence environnementale.

 

 

This entry was posted in Articles de presse, Derniere nouvelle and tagged . Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *