Prise de parole d’occupant-es pendant le forum contre les Grands Projets inutiles

La lutte que nous menons ici n’est pas qu’une lutte locale :

En réalité ce projet d’aéroport et ses enjeux s’inscrivent dans un cadre qui dépassent largement le territoire de la ZAD et des communes environnantes. Ce projet est un outil parmi d’autres de la logique globale du développement des infrastructures capitalistes qui détruisent des terres et des vies. Il faut dépasser la distinction fictive entre local et global. Fictive au sens où il n’existe quasiment plus aucun lieu sur cette planète qui ne soit connecté aux flux mondialisés d’énergie, de marchandises, de capitaux, d’information… Un aéroport, une ligne haute tension, une autoroute, une ligne grande vitesse, un supermaché, c’est la concrétisation faite de ciment, d’acier et d’uniformes bleus de la logique d’aménagement et de contrôle de la société capitaliste.

Ce n’est pas que pour la ZAD menacée par le bétonnage que nous luttons, c’est pour toutes les zones périurbaines à travers le monde entier qui subissent l’extension des métropoles, les campagnes qui sont envahies par les autouroutes et les centres commerciaux, les centres villes qui sont vidées des populations pauvres reléguées en périphérie. Ce phénomène est global, remettre en cause tel ou tel projet sans combattre l’ensemble du système est une impasse. Car tous ces projets ne sont pas des erreurs ou des maladresses de la part des gouvernant.e.s et des multinationales. Ils obéissent à une logique d’ensemble, ils sont réfléchis, mesurés pour générer le plus de profit possible. Ils ne sont pas inutiles : ils servent au développement économique des Etats et des entreprises (Vinci et consort).

Si ces projets ne sont pas inutiles, en revanche, ils sont bel et bien imposés. Ce projet d’aéroport, comme tous les autres ! Une poignée de gens dans une tour à bureaux ont décidé que la vie des quelques agriculteurices et habitantes de la zone ne valaient rien, ou en tout cas moins qu’un aéroport. Ces habitant.e.s qui vivent ici depuis des années ont maintenant bien conscience de la violence des outils démocratiques dont se sont dotés l’état et les collectivités locales pour arriver à leurs fins : des mascarades d’enquêtes publiques où tout est décidé à l’avance aux procédures judiciaires sous couvert de déclaration d’utilité publique, en passant par les harcèlements et pressions psychologiques en tout genre. Du Val Susa au Chefresne, en passant par NDDL, pour ne citer que les exemples les plus connus, la répression s’abat sur ceux qui luttent, nous sommes nombreux_euses à pouvoir en témoigner. Dans cette lutte, en plus des 14 maisons et terrains en procédure d’expulsion, près de 30 personnes ont dû faire face à la justice. Cela n’entame en rien notre détermination.

Ici sur la ZAD, nous sommes un certain nombre à avoir choisi d’occuper terrains et maisons menacés par le projet d’aéroport suite à l’appel d’un groupe d’habitant-e-s. Aujourd’hui ce sont plus d’une trentaine de lieux qui sont occupés. Nous avons choisi d’être présent-e-s pour tenter d’entraver chaque étape du projet : travaux préliminaires, consultation publique, visites de juges et d’huissiers. Mais aussi d’y tisser des liens avec les habitant-e-s du coin, d’y expérimenter des formes de vie et de solidarité en rupture avec celles que le capitalisme nous impose. Notamment à travers des initiatives telles que la ferme maraichère du sabot et les divers jardins collectifs, la boulangerie des cent chênes et la chêvrerie du petit-bois, des ateliers mécanique, des cantines collectives, des infokiosques, des formations médicales, et bien d’autres choses encore. Nous partageons des savoirs-faire autonomisants pour réduire notre dépendance vis-vis du travail salarié et du système marchand.

Nous occupons illégalement ces lieux, mais d’ici quelque mois, c’esy l’ensemble des habitant-e-s qui sera considéré par l’Etat eux/elles aussi comme des sans droit ni titre… comme des squatteureuses indésirables. Nous pensons que la légitimité à vivre et à faire vivre un endroit n’est pas une histoire de bail, ou de propriété privée.

Bien que le journal Le Monde ait fantasmé l’existence d’un « moratoire sur l’aéroport », nous le réaffirmons ici, le projet se poursuit sur le terrain : procédures d’expulsion et d’expropriation, travaux préliminaires, enquêtes publiques, etc. A l’heure où approche l’épuisement des derniers recours juridiques, et que les pouvoirs publics restent sourds aux arguments des opposant-e-s, nous pensons que bientôt, seules deux options s’offrirons à nous : l’action directe ou l’abandon de la lutte. C’est pourquoi, dès aujourd’hui, l’entrave à l’avancée du projet par tous les moyens qu’ils soient légaux ou illégaux peut constituer une force d’opposition qui rassemble paysan-nes, habitant-e-s et occupant-e-s autour d’un objectif commun : l’arrêt immédiat du projet.

Dans les semaines à venir, ce renforcement de la mobilisation commence par une série de rassemblements :

Pour le procès de la famille Herbin le 11 juillet à 9 heures à Saint Nazaire. Pour la requête afin de récupèrer le tracteur d’un opposant saisi suite à l’action contre les enquêtes publiques, le 17 juillet à 14 heures au tribunal de Saint Nazaire. La 19 juillet à Nantes à 12h au square Daviais en soutien au Sabot et aux Cent Chênes pour un pique nique de solidarité avec ces lieux bientôt expulsables. La 28 août toujours à 14 heures au tribunal de Saint Nazaire, en soutien à Sylvain Fresneau accusé de violence avec arme sur personne dépositaire de l’autorité publique.

Et dans les mois qui viennent contre la poursuite des travaux préliminaires, les expulsions des lieux occupés, etc.

Enfin, le 4e samedi suivant une expulsion, pour une grande manif de réoccupation, parce que quoi qu’il arrive, s’illes nous expulsent, on revient !

Vinci dégage, résistance et sabotage !

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